Fut au Sud, dans un club de striptease qui était absolument bondé de public; trop de public peut-être... Hommes et femmes s’entassaient près du comptoir pour boire, bavarder et contempler les acrobaties que faisaient les danseuses sur scène; c’étaient de véritables acrobates qui dominaient la barre verticale et les anneaux qui pendaient d’elle.
Assis sur un tabouret, près du comptoir, un couple prêtait attention au spectacle; et, quand la danseuse quitta la scène, et les projecteurs se sont éteints, et la musique d’ambiance a retenti dans la salle, elle parla à son mari: "Ce n’est pas un striptease, mais plutôt un cirque topless. Elles sont acrobates et tous leurs mouvements sont calculés à la perfection pour qu’une de leurs mains couvre toujours leur sexe aux moments opportuns. Ainsi le public ne pourra jamais voir ce qu’il est vraiment venu voir...". L’homme répondit: "C'est toujours ainsi; est-ce que tu le ferais mieux toi?". Elle bougea sur son siège pour répondre: "Il est possible qu’au moins je puisse le faire de la même façon, tu ne le crois pas?" Il ne répondit pas, une danseuse était déjà sur scène et l’homme tourna de nouveau sa tête vers elle, mais la femme ne voulait pas finir le dial: "Tu ne m’as pas répondue, tu doutes que je puisse faire ce que font ces filles?" Silence pour quelques instants et l'homme répondit: "Toi? Sincèrement...". Elle semblait en colère: "Sincèrement quoi?" et lui, sans sourciller, la regarda de nouveau pour ajouter: "Sincèrement..." et tourna à nouveau la tête.
Elle resta immobile, les bras sur le comptoir et un verre à la main. Pendant quelques minutes, elle est restée à jouer avec le verre et à bouger la tête d’un côté à l’autre, comme si une profonde pensée la dérangeait, jusqu’à ce que se leva d’un bond de son tabouret et alla jusqu’au bout du comptoir, où le propriétaire s’occupait de la musique et des projecteurs, et commença à lui parler.
Le dialogue fut brève, l’homme hochait la tête tout en souriant et en regardant attentivement l'écran de son ordinateur et elle dessinait de ses mains des figures imaginaires en l’air, jusqu’à ce qu'elle retourna près de son mari. Elle posa une main sur son épaule pour lui dire: "Je vais danser, ne bouge pas d’ici"; et, lui donnant quelques petits coups dans le dos, elle ajouta: "Tu vas apprendre quelque chose ce soir...". Demi-tour et elle était déjà disparue entre le public...
Quand l’une des jeunes acrobates eut fini de danser, les projecteurs de la scène s’éteignirent et la musique d’ambiance de la salle commença; la scène était sombre, mais une ombre s’y glissa; c’était la femme. Elle était debout, appuyée sur la barre verticale, les jambes très écartées et les coudes très hauts, se couvrant les seins avec les deux mains. Elle était nue et ne portait qu’un tanga, auquel, auparavant, avait coupé les élastiques latéraux pour en faire un nœud simple et, ainsi, pouvoir l'enlever facilement.
Elle fit un signe au propriétaire et les projecteurs de la scène s'allumèrent; la musique d’ambiance de la salle resta silencieuse et tout le public garda le silence. Quelques secondes après comença la musique, "Help me down that road" (Supertramp); elle baissa les bras en libérant ses seins et d’un coup s'arracha son tanga, le déplaça un peu en l’air, le jeta au public et resta immobile, montrant tout. Et, immédiatement, dans la salle a résonné un profond "Oh!" Pour la première fois dans la soirée, tout le public pu voir ce qu’il voulait vraiment voir: Une chatte bien épilée...
Elle commença sa danse, sensuelle et voluptueuse, se mouvant sur le bord de la scène, ignorant la barre verticale et prenant toutes sortes de positions audacieuses: debout, assise, allongée, de face, le dos tourné; et chaque fois qu’elle s’arrêtait en montrant tous ses charmes le public répondait avec un autre "Oh!!!!!"... Au centre de la chanson, juste au saxophone, elle attrapa le trapèze (avec lequel les filles passent de la scène au comptoir) pour voler et atterrir en son centre. Elle ressemblait une déesse descendant du ciel; PARFAITE!, il n’y avait pas d’autre qualificatif, et, au lieu de marcher sur le comptoir avec une main sur le plafond (comme le faisaient les autres filles), elle s’agenouilla et commença à ramper, comme une chatte en chaleur, s’arrêtant devant toutes les femmes qu’elle trouvait à proximité pour les réclamer une caresse avec un délicieux "Miaou!" et répondre à ces caresses avec un magnifique sourire de satisfaction.
Tout le public était excité, hypnotisé, et elle continua son déambule félin jusqu’à arriver devant son mari. Elle s’assit et ouvrit démesurément les jambes devant lui pendant que tombait sur ses genoux, glissant doucement sur le cuir du bord du comptoir, tenue par ses aisselles par les mains de son mari, et profitant de ses mains libres pour poser ses mains sur les joues de l'homme et lui lécher le visage d’une seule languette, du menton jusqu’au front, et commencer à le chevaucher, comme si elle était sur un taureau mécanique; bougeant sensuellement les bras vers le haut pour laisser danser ses seins à sa guise... Tout le public tourbillonnait autour d'eux et applaudissait et encourageait sans cesse, jusqu’à ce que la musique, soudain, finalisa. Alors, la femme descendit comme d’un cheval, monta de nouveau au comptoir avec un agile saut et marcha vers les vestiaires, sans aucune hâte, se promenant et souriant sans cesse... Une grande salve d’applaudissements l'accompagna; pendant que, parmi nous tous, flottait la sensation d’avoir vécu un spectacle inégalable...
Quand elle s’est habillée et est retournée sur son tabouret avec son mari, elle lui demanda: "Et bien?" et il a répondu "Bien..." et revint la tête pour admirer une autre fille qui dansait.
La femme agita nerveusement les jambes et regarda son mari pendant un instant; puis baissa la tête, les yeux fixés sur le sol, et la secoua dans un geste sans équivoque de "C’est fini..."
J’admirais cette femme, son courage, sa décision, son audace, et je me suis approchée d'elle pour y bavarder un petit peu; pas difficile, son mari l’ignorait... et dès le premier instant, j’ai senti en elle un profond sentiment de frustration...
On m’a dit qu’elle a finalement divorcé; et moi, éloignée définitivement du cercle conjugal, chaque fois que je visite un club libéral, je me souviens d’elle et, comme elle, je me demande pourquoi existent des êtres qui sortent la nuit, sous la pluie persistante, pour chercher des cacahuètes quand ils ont du caviar chez eux...
Une question à ne jamais me répondre...
Brig
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